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Lettres d’Angleterre de Karel Čapek

December 1, 2017 Leave a comment Go to comments

Lettres d’Angleterre de Karel Čapek (1924) Traduit du tchèque par Gustave Aucouturier.

En Angleterre, je voudrais être vache ou enfant. Mais, comme je suis un homme adulte et formé, j’ai regardé les gens de ce pays.

Un grand merci aux éditions LaBaconnière pour m’avoir envoyé un exemplaire de Lettres d’Angleterre de Karel Čapek. C’est exactement le genre de livre que j’apprécie. Le livre en lui-même est un bel objet, illustré par les dessins de l’auteur. La couverture nous montre l’auteur et la qualité du papier en fait un livre qu’on envie d’avoir en main, envie d’avoir en bibliothèque. Les notes en fin de livre sont utiles pour éclairer la lecture sans être intrusives.

Dans ce court opus d’à peine 175 pages, Karel Čapek nous emmène avec lui en voyage en Angleterre, en Ecosse, au Pays de Galles et à nouveau en Angleterre. Nous sommes en 1924. Čapek aurait aimé aller en Irlande mais on lui fait gentiment comprendre qu’il n’y a pas de guide touristique de l’Irlande parce que les Anglais ne vont pas là-bas.

A Londres, il est le touriste émerveillé qui voit de ses propres yeux ce qu’il a lu dans les livres. Il est infatigable et tâche d’expérimenter tout ce qu’il peut de la vie à l’anglaise. Il arpente les rues, visite les musées, a la chance d’être introduit dans un club pour gentlemen. Partout, il observe les gens. Dans les bus, dans la rue, dans les musées, dans les pubs. Il visite l’exposition coloniale de 1924 et remarque l’absence totale des cultures des pays de l’Empire Britannique. Ils sont représentés pour leur production mais pas pour leur âme ou leur population. Son émerveillement ne le rend pas aveugle. Il remarque la pollution, la pauvreté, la difficulté de circuler dans Londres. Il s’interroge sur le progrès incontrôlé et ses dégâts collatéraux.

Illustration de l’exposition coloniale

Sa visite à Londres achevée, il prend le train pour l’Ecosse où il est conquis par la beauté des paysages, les gens. Il semble avoir une affection toute particulière pour les vaches et les moutons. Partout où il va, il décrit les moutons, ce qui apporte un fil conducteur insolite au livre. On pourrait presque faire l’étude comparative des races de moutons en Grande-Bretagne!

Il passe au Pays de Galles, où il moque gentiment de la langue galloise et de son impossible prononciation. Il visite tous les lieux touristiques connus à Londres, il va à Oxford et Cambridge, s’arrête au Lake District. Il se promène dans les parcs, va visiter des villages mais aussi des villes industrielles et des ports. Il s’interroge : où est la vraie Angleterre ? Est-ce celle des traditions et des gazons soigneusement entretenus ou celle grouillante de vie des ports et des quartiers ouvriers ?

Le charme absolu de ce livre réside dans l’humour indulgent de Čapek. Il décrit et décrie l’incroyable ennuis des dimanches en Grande-Bretagne:

Dans toute l’Ecosse le dimanche, les trains cessent de marcher, les gares sont fermées et on ne fait rigoureusement rien : c’est merveille que les pendules ne s’arrêtent pas aussi.

Il nous parle du cliché de l’attitude cool, calm and collected qui fait partie de l’image des Anglais mais remarque avec malice : La nuit, les chats font ici l’amour aussi sauvagement que sur les toits de Palerme, en dépit de tout ce qu’on raconte sur le puritanisme anglais. Ce ton alerte cède le pas à un style beaucoup plus poétique quand il décrit les paysages somptueux d’Ecosse. Cela donne envie de sauter dans le premier avion pour voir ce dont il nous parle.

Mais il faut que je dise en sèche prose combien c’est beau ici : un lac bleu et violet entre des collines nues –ce lac s’appelle Loch Tay, et toutes les vallées se nomment Glen, toutes les montagnes Ben, et tous les hommes Mac ; un lac bleu et calme, un vent pétillant, des bœufs velus, noirs ou roux, dans les prés, des torrents d’un noir de goudron et des collines désertes, couvertes d’herbe et de bruyère –, comment décrire tout cela ? Le mieux serait tout de même de l’écrire en vers ; mais il ne me vient pas de bonne rime à « vent ».

Čapek nous fait découvrir la Grande-Bretagne avec ses yeux d’écrivain pragois. C’est un homme qui a déjà voyagé dans d’autres pays d’Europe et qui semble s’être senti moins dépaysé en France et en Italie qu’il ne l’est en Angleterre. Il a trouvé plus de chromosomes communs entre son ADN tchèque et l’ADN des continentaux qu’il n’en trouve avec les Londoniens et les Ecossais.

Lettres d’Angleterre est un petit bijou d’humour, de clairvoyance et d’intelligence. Je n’ai qu’une hâte : lire un roman de Karel Čapek pour voir comment ces qualités se retrouvent dans son œuvre de fiction.

A découvrir absolument et merci à LaBaconnière de nous rééditer ces trésors de la littérature.

PS : J’ai également écrit un billet en anglais à propos de ce livre. Il est légèrement différent de la version française.

  1. December 1, 2017 at 8:44 pm

    Bonjour, j’aime moi aussi énormément Karel Capek, j’ai lu beaucoup de ses livres, dommage que les éditeurs ne m’envoient rien (je blague). Je ne connais pas celui-ci, mais je l’imagine bien. Merci pour ton blog très intéressant. à bientôt Claude

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    • December 2, 2017 at 12:56 pm

      J’ai mis La guerre des salamandres sur ma wish list de Noël, j’espère que je vais l’avoir.
      Est-ce qu’il est bien?

      Lettres d’Angleterre est un petit bijou, je le recommande. Et puis, c’est toujours bien de contribuer à la vie des maisons d’édition indépendantes.

      Merci pour le compliment concernant mon blog, je prends beaucoup de plaisir à l’écrire et à interagir avec d’autres lecteurs.

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  2. December 6, 2017 at 9:52 am

    Je ne connais pas, mais j’ai entendu parler de ‘la guerre des salamandres’. J’attends de lire ta chronique .

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